Aux sources du Mal

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Aux sources du Mal

Message par Von B. le Jeu 10 Sep - 5:55







Matin. Chagrin. Levé aux aurores pour avaler un simulacre de petit déjeuner. L’estomac barbouillé. La nausée y est perpétuellement chevillée. Quelque chose vous dérange. Quelque chose vous paraît étrange. Vous chassez bien vite ces curieuses pensées. Surtout ne pas trop cogiter. Occulter. On vous a apprit à avaler. Ingurgiter. Digérer. La même mécanique creuse que celle qui vous fait déglutir le mauvais café lyophilisé que vous avez hâtivement chauffé. Café de prolétaire. Pensées étriquées. Ce n’est pas vraiment votre faute. Vous y êtes contraint et forcé. Avec un peu de chance, aujourd'hui, un succédané de croissant beurré. Toasté si vous êtes vraiment plein de blé. Ce pourrait même en être un vrai. Pétri, façonné et cuit par un des rares boulangers. Suivant l’endroit où vous créchez. Suivant le train de vie que vous menez. Suivant la teneur sociale de votre réalité. Suivant le poids et la valeur de votre identité.

Allez, la douche maintenant. Il faut bien présenter. Un minimum. Ne pas suer. Ne pas laisser suinter sur votre peau l’odeur de la haine. Ni celle du dégoût de soi et de la servilité. Ce serait terrible. Ils le sentiraient. Ils savent tout. Sur tout. Surtout sur vous. Rasé de frais ? Épilée ? Qui sait. Malgré vos doigts qui ont un peu tremblés, vous êtes presque paré pour débuter une énième journée. Costume ? Tailleur de secrétaire ? Bleu de travail ? Haillons ? Fringues de créateur ? Rien de tout ça ? Peu importe. Vous êtes un Lambda. Ou peut-être pas. Dans ce cas, peu de ce qui suivra ne vous concernera. Mais poursuivez la lecture. La misère d’autrui à toujours cet arrière-goût particulier dont se délecter. Vous les nantis, vous le savez.

Une rue. Quelconque. Vos pas sur son asphalte détrempé. Ou bien ses tristes pavés alignés comme les jours que vous avez cessé de compter. Plus grand intérêt. Plus aucun intérêt à dire vrai. Vous tournez au bas de votre immeuble. Direction nulle-part. Le train-train quotidien. Le néant. Les obligations et vos secrets tourments. Vous craignez presque qu’Ils puissent lire dans vos pensées. C’est con, celles là on ne peut pas les asperger d’after-shave pour les empêcher de se répandre dans l’air. C’est écrit sur ces mornes visages que vous croisez. La réalité. Vite, se composer un air de circonstance. Quelque chose de plus jovial. De plus neutre à défaut. Un faciès de Lambda bien sous tous rapports. La parfaite anti-cible de l’Inquisition. Surtout ne pas attirer les dévoreurs. Monarch lancerait ses chiens à vos trousses si seulement Ils vous sentaient tressaillir.

Pourtant vous ne pouvez pas vous en empêcher. Devant ce chat, poil hérissé et gueule grande ouverte. Il miaule. Vous le savez. Quelqu’un vous a expliqué comment ça marchait avant. Il miaule. Mais vous ne l’entendez pas. De rage, vous manquez de lui balancer un coup de latte dans le bide à cette saloperie sur pattes qui vous rappelle le Silence. Finalement, peut-être que vous le dépassez seulement. La mort dans l’âme. Conscient que la descente aux enfers ne fait que commencer. Midi est encore loin d’avoir sonné. Minuit semble-t-il ne reviendra jamais. Une petite fille joue quelques mètres plus bas. Vous baissez les yeux. Pour ne pas voir. Son rire muet déformait son visage de poupée. C’est odieux ces rires là. Ceux que vous n’entendez pas. L’envie de défoncer votre boîte crânienne au burin vous saisit aux tripes un instant. Extirper cette merde d’implant. L’écraser sous votre talon comme une putain de fourmi. Comme n’importe quel vulgaire insecte gênant. Annihiler. Oublier.

De quoi vous plaignez-vous, Lambda ? vous diraient-Ils. Les Valkyrs. Les Monarchs. Les Kamas. Azénath. La loi. De quoi vous-plaignez-vous ? Le Silence repose. De la Musique ? Bien sûr, autant que vous voudrez. Venez donc en séance d’Immersion. Si vous avez le temps. Et surtout les moyens. Pour peu que vous ne soyez pas totalement un moins que rien. Sinon, contentez vous d’imaginer. Ce que ça peut-être de crier. De chanter. De s’entendre hurler. Oui, c’est peut-être comme cette voix dans votre tête. Qui sait ? Si vous l’osez, allez demander aux non-porteurs. A ceux qui sont nés avant l’an 2000. Qui savent encore – pour combien de maigres heures ? – ce qu’est une mélodie. Un chant. Un simple cri. Si vous l’osez, allez donc débusquer un Sorcier. Eux aussi pourraient vous dire la beauté de la Liberté. Et quand l’Inquisition fondra sur vos pauvres carcasses, vous apprendrez dans la foulée le prix à payer. Pour la Liberté. Ça ne vous tente pas ? Bien. Vous êtes un brave garçon. Une sage femme. Un parfait petit mouton.

En poussant la porte vers laquelle vos pas vous menaient, vous voilà enfin décidé. Vous irez. A leurs maudites séances d’Immersion. Dans leur saint des saints. En safe-zone. Faire semblant de respirer. Eviter de mourir étouffé de regrets et de frustration accumulés. De désespoir. Tout en sachant que votre âme continuera de péricliter et de crever à petit feu. Ou alors… Vous irez. Chercher plus que ce qu’Ils vous obligent à mendier. Chercher un Ailleurs. Un Sauveur ? Rien qu’une bouffée de vérité. En poussant la porte vers laquelle vos pas vous menaient, vous êtes décidé. A continuer à vous laisser docilement écraser. Ou à tenter de Les écraser. Au choix. Nous verrons très bientôt ce qu’il en est.




N’est-elle pas belle la vie ici bas ?

Eisengart. Le paradis,
puisqu’on vous le dit.

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Von B.
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Je pense. Donc je scie.

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