Chic ! Un pigeon ! [Bowie]

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Message par Katharina Krause le Ven 18 Sep - 17:20

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    *Quel endroit génial !* L’ironie semble beaucoup plus recommandé qu’un quelconque apitoiement sur la jolie brochette de dealers, poivrots et autre gens du genre présente ici. Faut avouer qu’elle n’avait pas non plus choisit le meilleur endroit pour travailler mais ceux-ci se faisaient rare et puis, une fois accepté quelque part, on ne peut pas cracher sur un peu d’argent. Après tout, servir quelques dégénérés n’avait rien de bien dangereux quand on savait manier suffisamment bien les sarcasmes, l’humour et surtout le plateau. « Il ne faut pas hésiter à leur en coller quelques coups sur la caboche, y’a que comme ça que ça rentre ». En effet, on ne lui avait pas donné meilleur conseil que ce dernier.
    Trois mois qu’elle esquivait les mains avides avec habilité, rembarrait les quelques courageux avec efficacité et s’écroulait sur le comptoir le plus proche dès que l’occasion se présentait. La vie de serveuse au Katzen von Nacht n’a rien d’évident mais c’est un joli défi pour ceux qui veulent bien essayer de s’en sortir. D’une manière ou d’une autre. Sans forcément verser dans la délinquance. Le vol était bien suffisant à son goût et lui permettait d’obtenir suffisamment de chose pour qu’elle ai réellement besoin de beaucoup d’argent. Chaparder une pièce par-ci par-là, une clé dans cette poche là et un bibelot dans une autre est amusant et distrayant. Plus que de se morfondre dans une ville qui n’avait rien d’autre à offrir qu’un traintrain déprimant.

    Présente derrière le comptoir du cabaret en question, elle se tenait en retrait, laissant une autre serveuse s’occuper des quelques personnes présentes. Il était encore tôt, enfin, dans quelques heures maximum minuit serait passé mais c’était encore tôt. L’autre était bien capable de servir quatre personnes déjà avachies sur le comptoir à compter le nombre de verre qu’ils venaient d’ingurgiter et conclure avec le double du nombre réel. Le don de double vue semble répandue chez la population d’alcoolique que dissimule Eizengart. L’alcool est un bon moyen pour se tirer de la triste réalité que la ville met en avant dès qu’on a passé le tableau mensonger qu’Azenath dresse avec un sourire hypocrite. L’autre alternative, à ses yeux, c’était la musique. Mais c’était devenu un mythe. Une réalité trop lointaine pour y songer. Même entendre un pauvre matou miauler relèverait du rêve. Mais pour elle c’était vrai, c’était présent tous les jours, et si elle ne pouvait pas s’empêcher de sourire quand un chien aboyait quelque part, elle n’en laissait rien apparaître de plus.
    Le silence ce n’est pas seulement une malédiction c’est aussi une façon de rester en vie. Ah moins que l’on n’appelle cela de la discrétion. Ce qui est fort probable. L’un comme l’autre, c’est la même chose. Il y a différente sorte de silence mais il n’y avait qu’une réalité, celle de la ville et elle n’avait aucune emprise sur Katharina Krause. Mais qu’elle soit pendue si jamais elle en avait parlé à quelqu’un un jour ou l’autre. Ce cadeau du ciel lui était trop précieux pour qu’elle le partage avec le premier venu.

    La nuit ne faisait que commencer.

    - Kath ?
    - J'arrive...

    Petit appel au secours de plus en plus fréquent. Elle soupira, haussa les épaules et rejoignit l’autre serveuse au comptoir pour lui venir en aide et servir les nouveaux venus qui commençaient à se faire nombreux. Tequila, Martini, Monaco, Cocktail en tout genre dans un verre, avec ou sans glaçon, coupé d’eau pour certains « petits joueurs » comme ils aimaient les appeler. Rire aux blagues douteuses, ignorer les autres un peu plus douteux. La routine habituelle quoi !
    Y’a pas à dire, elle préférait de loin se trouver à l’extérieur, les mains dans les poches des autres et à l’affût d’une victime potentielle. Surtout rechercher LA victime. Celle qu’elle pourrait à la fois emmerder et dépouiller jusqu’au dernier centime et s’en aller en laissant l’impression de le libérer d’un fardeau. Sans que cette juteuse victime ne se doute que le fardeau en question n’est rien d’autre que le poids de sa bourse. Elle sourit allègrement en songeant que, de toute façon, elle ramènerait bien une petite babiole en rentrant tôt le matin ou tard le soir. Plus certainement tôt le matin.
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Re: Chic ! Un pigeon ! [Bowie]

Message par Bowie A. Gravedigger le Dim 20 Sep - 18:50

Toujours la même histoire avec les cabarets. D’abord la plongée dans un fondu au noir saturé de fumée. De cigare, de préférence, quand l’endroit est "bien fréquenté". Ici, ça sentait plutôt la clope au rabais. Ces brunes aux effluves plus âcres que la moyenne, griffant les gorges avec férocité. Sans filtre, nécessairement, pour les hommes… les vrais. Puis une fois le regard accoutumé à la semi-obscurité, on constate que ça bave partout. Dans tous les coins, les mâchoires craquent jusqu’à manquer de se décrocher. Et les œillades entre la carpe décérébrée et le satyre en pleine poussée de lubricité. Les pantalons sont tous bien trop serrés. La faute aux mannequins anorexiques à ce qu’il paraît, si les currywurst alignées en rang d’oignons aux tables devant la scène ont à peine la place de s’étirer et de respirer. Mais sortez-les donc ! Elles ont déjà l’air de frétiller plantées en plein milieu de vos fronts. Un peu plus un peu moins, on est plus à ça près.

Bowie plaignait sincèrement les femmes de cette masse de couillons avinés. D’avoir pour époux des queutards invétérés. Qui répondraient certainement "c’est pas pervers ma biche, c’est de l’Art", à leurs invectives outrées. Ça peut l’être en effet. Mais c’est surtout du cul. Diablement bien esquissé par dame Nature pour celui qui était en train de se dévoiler, certes. Cependant, l’exilé anglais n’était ni venu pour admirer la lune d’une inconnue, ni pour emplir ses poumons de l’air spécial candidats-au-cancer qui s’enroulait en arabesques bleutées autour du corps lascif de la danseuse. La seconde option, monsieur savait faire tout seul comme un grand, tranquillement étalé chez lui sur son lit. Enfin chez lui…dans la piaule minable qu’il louait à l’hôtel nommé...Nostalgie.

Nostalgie mes couilles oui, songeait-il avec poésie en délaissant le spectacle de la danse des sept voiles modernisée et le parterre de mâles en rut sur le point d’exploser en apercevant un téton pailleté. Sourcil arqué devant le pathétique de la scène concernant la caste biologique qui était la sienne, Gravedigger fit volte-face, direction un meilleur endroit où s’amarrer. Le bar. Les quelques pas et zigzags obligés parmi la foule compacte pour se frayer un chemin jusqu’à l’eldorado, furent accompagnés de la suite de ses élucubrations mentales au sujet de ce qui était depuis trois mois son Home Sweet Home. Nostalgie de quoi ? Le patron regrette le papier-peint seventies de mémé ? Ou la légion de cafards qui grouillait dans la cuisine de son enfance ? Pour ça, il aurait pu s’en tenir à ses clients, ça ne m’aurait pas dérangé. Putain, vivement que je puisse lever le camp. Où ce n’est ni ce foutu silence ni le paquet de clopes que je grille dans la journée qui finiront par avoir ma peau. Je vais crever dans un nuage Baygon citron.
Curieusement, malgré son amour pour les fumerolles diverses et variées, cette perspective n’enchantait guère le journaliste. La lutte contre les envahisseurs caparaçonnés l’irritait et la méthode avait un air de déjà-vu qui ne lui plaisait pas plus. Quelque chose du type solution finale se rappelait à son bon souvenir chaque fois qu’il pressait sur la bombe d’agent chimique. C’était ça ou les autoriser à venir titiller sa personne au beau milieu de la nuit…mais reste qu’un arrière-goût amer prenait parfois le héraut du génocide insectoïde sans qu’il puisse vraiment se l’expliquer. Ah si. Les cafards et leurs congénères lui inspiraient plus de respect que la plupart des êtres humains. Ce devait être un début pour élucider le mystère.

Le rythme syncopé de la musique demeurait audible, sans être trop envahissant, une fois perché sur l’un des tabourets noir et chrome qui ponctuaient le chemin incurvé dessiné par le zinc. En retrait, l’atmosphère devenait un poil plus respirable aussi. Moins suffocante. Moins chargée en odeurs d’alcool et de sueur mélangées. Tout comme en fumée. Ainsi, s’en griller une et l’apprécier pleinement devenait enfin possible. Une main leste s’en vint extirper un paquet rectangulaire et un briquet, de la poche du nouveau client de la soirée. La sienne, pour le moment, aucune autre n’ayant encore tenté de fouiller pour quelconque raison les profondeurs de son pantalon. Chose dont Bowie ne se plaignait pas, loin de là. Qu’était-il donc venu chercher, si ce n’était une dose de luxure à l’intensité décuplée par le whiskey ? Que foutait-il là si l’endroit ne lui plaisait pas ? La réponse tenait en deux temps. Un, échapper absolument à l’odieux décor de film de série B option murs en carton et couleurs délavées du Sehnsucht. Deux, oublier. La rareté des mélodies autres que l’enfilade continuelle de bruits mécaniques issus du trafic routier et des appareils électroménagers. L’impression angoissante de vide sur le point de l’aspirer qui en résultait. Oublier que la seule alternative ici - et même ailleurs souvent - se résumait à vendre son cul pour ne pas mourir de faim. A enterrer son intégrité six pieds sous terre pour soi-même retarder le moment d'y passer.

Le filtre moucheté d’une blonde trouva sa place entre ses lèvres et la flamme ne tarda pas à suivre pour l’allumer. Une bouffée tirée avec avidité et un nuage compact exhalé après, sans lever les yeux de la surface vernie du bar, son autre main fit un signe clairement déchiffrable. Histoire de s’assurer de ne pas poireauter trop longuement, la parole fut jointe au mime en ces termes, mâtinés d'accent anglais :

- Fuck me sideways.

Et sans s’il vous plaît. Si les donzelles gérant les commandes connaissaient leur métier, le décodage des termes ne devrait leur poser problème. Après, que le breuvage soit amené avec le sourire en prime, monsieur n’y comptait pas et à vrai dire, s’en tapait allègrement. Tu sers, je paie. Inutile de pinailler. Ou de se perdre en fausses politesses et faire semblant de converser plaisamment. Tout ce que j’attends pour le moment ce sont respectivement trois centilitres de triple sec, schnapps pêche, vodka, jus d’orange et pamplemousse. Glacés. Et bien agités. L’envie lui prit soudain de darder ses yeux vairons sur les apostrophées. Pour voir laquelle répondrait en premier et prendrait sur elle de ne pas tarter monsieur Amabilité. C’est alors que Bowie aperçu la tenue imposée aux employées du cru… et se dit avec une pointe de regret qu’il aurait peut-être du se montrer plus courtois. Fort seyant, cet ensemble noir légèrement rétro. Et surtout, attrayant en évitant de sombrer dans la vulgarité. Le Katzen venait de remonter d’un cran dans son estime, pour ce qu’elle valait. Après, le dilemme moral concernant la déférence… Hm, après tout, ce n’était pas le costume humiliant d’esclaves au McDo. Si les demoiselles avaient porté le filet et la visière plastique qui va bien, à la rigueur, il y aurait éventuellement eu matière à culpabiliser. Un discret sourire vint orner ses lèvres à cette idée. Restait à espérer que celui-ci ne soit pas mal interprété.

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Re: Chic ! Un pigeon ! [Bowie]

Message par Katharina Krause le Mar 22 Sep - 17:01

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    La plupart des clients présents étaient…pathétiques. Il n’y avait pas de mot assez fort pour les décrire convenablement mais celui-là convenait parfaitement. Des types avachis sur le table comme si leur vie en dépendait à brailler des insultes ou des phrases sans queue ni tête, imbibé d’alcool au point d’en suinter par tous les pores. A croire qu’en les pressant on obtiendrait du jus d’alcoolique. Elle plissa le nez d’un air dégoûté. Il n’y a pas à dire, l’humanité a quelque chose de répugnant à certains moments, enfin, une fois qu’on a l’habitude on finit toujours par oublier, par ne plus s’en soucier. Elle secoua la tête puis détourna le regard pour se concentrer sur le seul comptoir. Ignorer les autres tables et leurs occupants pour rester sur des gens à peu près réveiller. Plus que les autres en tout cas. Ce n’est pas que prendre une cuite de temps en temps la dérangeait mais à ce point là s’en était dégradant, elle préférait de loin que ce soit entre amis plutôt qu’au vu et su de tous. Non, elle n’était pas timide mais elle préférait de loin agir ainsi plutôt que de se ridiculiser en publique.
    Elle quitta le derrière du comptoir, malgré ses réticences, pour aller chercher les verres d’une table désormais vide et nettoyer le tout fait en quatrième vitesse. C’est toujours mieux avec un rempart entre elle et les ivrognes, une façon sûre de ne pas se retrouver une main aux fesses et l’irrésistible envie de tabasser l’importun histoire de lui faire passer l’envie de toucher avec autre chose que ses yeux vitreux.

    En tant que voleuse – certes pas une voleuse de haut vol mais tout de même ! – elle préférait de loin la discrétion et l’espace confiné de son chez elle pour s’épandre de cette façon. Se retrouver le nez rouge devant les autres et l’esprit embrumé par un l’alcool ou quoique ce soit d’autres n’était pas une bonne idée. L’Ordre Azenath avait les yeux partout et la prudence était de mise. Même quand on a rien fait on est susceptible d’être coupable pour une raison ou pour une autre. Et puis, elle avait une raison d’être prudente.
    Malgré tout, ça ne l’empêchait pas de sauter sur le dos des gens et se montrer joyeuse quand l’envie la prenait. Il y avait discrétion et discrétion, entre s’écarter des autres d’une façon presque suspecte et rester soi-même malgré tout il y avait une différence. Et elle préférait ne pas oublier son identité. S’enfoncer dans la solitude et rester à l’écart des autres ce n’était pas pour elle. Et puis les gens, pour ainsi dire, étaient son gagne pain. Non, finalement, elle avait deux bonnes raisons d’être plutôt discrète sur certaines choses.

    La tenue de l’endroit ne la dérangeait plus bien qu’au début elle s’était sentie un peu dérangée. Aller à la piscine en maillot de bain d’accord mais dans un coin où on a plutôt tendance à plonger les mains là où il ne faut pas c’était plus risqué. Enfin, avec le temps on s’habitue à tout selon elle et, à présent, se trimballer ainsi ne la dérangeait pas plus que cela. Etre en pleine ville ainsi ne serait pas plus gênant pour elle. Généralement, elle accompagnait cette tenue d’un chignon léger laissant s’échapper quelques mèches sur le devant de son visage. Le noir de ses cheveux faisant ressortir le gris de ses yeux puisque, dans l’obscurité, il était difficile d’apercevoir le vert qu’ils arboraient. Voir impossible. Pas de maquillage sinon de l’ombre aux yeux qui renforçait une impression de pâleur maladive. C’était comme ça tout les soirs bien que, de temps en temps, elle se laissait aller à quelques excentricités mais cela restait rare.

    Son regard se posa sur le comptoir où un petit blondinet venait de s’installer. Les seules paroles qui percèrent la barrière de ses lèvres furent sa commande. Elle plissa les yeux, haussa les épaules et ajouta pour elle-même à vois basse :

    - Bonsoir, un fuck me sideways s’il vous plaît, merci. Mais bien entendu, je vous apporte ça tout de suite. Mon cul !

    Elle soupira et s’occupa de son petit cocktail. Jus de pamplemousse, jus d’orange, triple sec, vodka aromatisé au citron, schnapps à la pêche. Verser dans le verre et agiter, le tout était prêt. Génial, à se demander si le petit gars n’allait pas finir, lui aussi, comme une loque bourrée comme pas permis à baver quelques paroles incompréhensibles. Il avait une belle gueule mais ça ne voulait rien dire. Elle s’approcha de lui et posa sa commande devant lui avec un petit sourire volontairement cordiale et sympathique voir carrément engageant. Quand on te fait la gueule, soit joyeuse, quant on te tire la langue, sourit… quand on te frappe, frappe aussi. Ah oui, la politique n’est pas toujours la même, enfin, le mieux c’est de répondre toujours de façon opposée ça a de quoi déstabiliser les gens. Et c’était amusant.

    - Voilà votre commande. Vous réglez maintenant où vous comptez continuer toute la soirée ?

    Autant être prévenue tout de suite et puis pourquoi ne pas se divertir un peu. Il était de loin la personne la plus intéressante du comptoir, si on exceptait un autre type un peu plus loin mais il était déjà accaparé par une autre serveuse. Chacun son tour, chacun son pigeon. L’ennui était au rendez-vous si on agrémentait pas un peu la soirée. Enfin, les heures de travail quoi. C’était un peu comme aller sur Internet pendant la pause ou même pendant qu’on est censé être en train de rédiger une lettre.

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Re: Chic ! Un pigeon ! [Bowie]

Message par Bowie A. Gravedigger le Mer 30 Sep - 12:32

* Ma petite, d’abord… touche à ton cul. Ensuite va voir un moment à l’autre bout du bar si j’y suis, merci.*


En substance, voilà quels furent les suivants spontanés qui se pressèrent au portillon du mal luné nouveau client pour servir d’agréable réponse à la question posée par l’indiscrète serveuse. Oui, monsieur le revêche cette fois-ci lui aurait fait grâce d’un merci, pour ponctuer son invective. Histoire de. Histoire de quoi d’ailleurs ? Certainement d'assurer la demoiselle qu’il n’avait aucunement l’intention de faire un brin de causette. Juste au cas où son manque de respect de l’étiquette et l’absence de sourire radieux à son visage n’auraient pas suffit à l'en convaincre. Tu veux éventuellement que je brandisse une pancarte aussi ? Ou un néon fluo peut-être, que tu ne puisses pas te plaindre ensuite qu’il y a eut tromperie sur la marchandise ? Tout ce que tu veux dans le genre, si ça peut t’inciter à me foutre la paix. Le long silence que Bowie lui servit, après qu’elle se soit acquittée de sa commande, aurait théoriquement été très parlant pour n'importe qui. Mais au cas où… quelques mots ne seraient pas de trop. Sait-on jamais. Question de prudence. De sureté. Mieux vaut prévenir que guérir, tout ça tout ça. Les proverbes et autres maximes populaires sonnent souvent profondément gnangnan et pourtant, combien s’avèrent-elles vraies les trois quarts du temps. La sagesse n’a jamais été question de masturbation intellectuelle, ça se saurait. Les cons pullulent dans les hautes sphères comme dans la fange. Les gens sensés sont certes nettement plus rares, mais on en trouve des deux côtés. Question d’équilibre universel. Quelque chose d’approchant. Salement foirée quand même la parité. Surtout entre les couillons et leurs adversaires moins embouchés, pour ne pas dire plus évolués. Les premiers étant tels les feuilles mortes - l’aspect saisonnier en moins - ramassables par pelletées. Pour le plus grand bonheur des seconds -que la masse regardait, en un sens presque à raison, comme des curiosités - les atrophiés du bulbe pleuvaient toute l’année.

Allez, écrase ta clope dans le joli cendrier chromé, et soit un gentil garçon Bowie. Ne laisse pas la demoiselle mariner ainsi, ça ne se fait pas. Oui maman, juste le temps de trouver les termes adéquats. Une autre chose que le journaleux ne s’était jamais expliquée, c’était bien pourquoi la voix de sa mère se substituait mentalement à la sienne lorsqu’il se faisait des remontrances en duo avec lui-même. Que ce fut sérieux ou non importait peu, le tarif ne changeait pas, ce foutu tic irritant et stupide le prenait quasi à chaque fois. Chacun ses noirs secrets. Tant qu’il n’était pas assez bourré pour étaler celui-là en place publique, ça pourrait toujours aller. A peu près. A vrai dire la victime n'était pas persuadée de vouloir connaître le pourquoi du comment. Loin de là. Pour parer à toute velléité de nouvelle incursion mentale maternelle, le jeune homme prit sur lui d’enfin lâcher quelque chose à l’interrogatrice. Relevant soudain son regard perdu dans les couleurs changeantes de son verre pas encore entamé - dont la danse lui disait d’avance tout le bien que ça allait lui faire de se l’envoyer, lui, à contrario probablement d’une certaine chieuse de l’autre côté du zinc – ses iris dépareillés virent chercher le regard clair de Fräulein Gestapo. Pour s’y planter sans ménagement, avec autant de chaleur en somme qu’en porta le fil de sa voix la seconde suivante.

- Je doute que cela vous regarde. Quand à savoir pourquoi ça semble vous importer, je m’en moque. Mais ne vous en faites pas, je paierai mes consommations quoi qu'il en soit.


Ou pas. A voir selon le nombre. Serait-il inversement proportionnel au maigre amas de biftons que comptait son portefeuille ? Probablement. Sauf si une tierce personne - tiens au hasard la demoiselle là derrière le comptoir - lui filait envie de déguerpir avant exécution de son plan. Qui tenait en peu de phases : 1. Alcoolisation progressive mais massive. 2. Welcome to Oblivion. Le binaire est un système foutrement efficace, on le sait, les ordinateurs fonctionnent à merveille avec. Donc pourquoi pas les humains ? Question purement rhétorique à laquelle le sympathique exilé n'avait pas sitôt pensé qu'en disparaissait le spectre au profit de sa concrète et tentante finalité. Y compris si gerber tout ce qu'il savait avant de sombrer était inclut dans le pack, oui. Parfois, payer de sa personne est l'unique moyen. D'ailleurs, la gueule de bois du lendemain attesterait violemment de ce fait... m'enfin.

Un mouvement souple du poignet et il retournait à son verre chéri tant désiré. Se surprenant à s’interroger sur la présence de groupes type alcooliques anonymes dans la bonne ville d’Eisengart. Parce que l’envie de boire avait été si forte ces derniers temps que Bowie craignait qu’elle ne devienne sa compagne officielle très rapidement. Avant d’être remplacée carrément par une bouteille scotchée à sa paume comme l’est la queue d’un puceau avant le jour tant attendu du grand saut. 24/24. Sept jours sur sept. Une pure extension des phalanges ou presque. Quelle perspective d’avenir réjouissante. A fêter, sans nul doute. En avalant cul sec le cocktail amoureusement préparé par la petite serveuse corsetée de velours noir frangé. Exactement. Comment ça aucun respect pour ton art chérie ? Mais si, je lui fais honneur au contraire. Si je sais seulement le goût que ça avait ? Touché.

Pourvu que la trop prompte langue de son vis-à-vis ne se délie à nouveau. Qu'au contraire, ses bottes de sept lieues ou ses pantoufles de vair, pour ce qu’il avait à carrer de comment étaient chaussés les pieds de la sorcière de l’Ouest, la portent au loin. Aux nues même si elle le désirait, tant que ce n’était pas à lui qu’était demandé d’accomplir tel miracle. Du moins pas ce soir là. Aucune envie de discourir. Pas plus que d’être apprécié ou de draguer. Tant mieux, parce que là c’était mal engagé pour l’un ou l’autre. Un mauvais réflexe, le genre de mémoire musculaire inconsciente qui se mêle toujours de vous foutre dans la merde jusqu’au cou, lui fit machinalement relever le regard vers la demoiselle. Vite, enchaîne. Occupe-la. Ses yeux passèrent brièvement en revue les étagères de verre chargées de bouteilles alignées en rangs d’oignons telles des escadrons militaires au garde à vous. Au moins autant d’alcool dans un troufion que dans un litron. C’était pas encore un proverbe ça ? Non ? Ah bon. De ses souvenirs concernant les défenseurs de sa nation en tout cas, ça aurait tout à fait pu, sans qu’il en soit le moins du monde étonné. Mais revenons à nos moutons. Enfin nos litrons. Les servantes de Bacchus étaient rangées par classes de spiritueux et – ô joie ! – celle accueillant les mirifiques bourbons et autres whiskey trônait fièrement belle distance. Replongeant le vert et le bleu de ses yeux dans ceux de la serveuse, Gravedigger fils ajouta sans lambiner :

- Pour répondre plus franchement à votre question, si mal venue soit elle… un Jack Daniel’s. Avec glace, s’il vous plaît. Merci.

Il ne fallait pas se méprendre, la politesse ne signifiait ici qu’une chose. Tout comme l’angélique sourire qui vint orner ses lèvres, sur disons… les cinq ou six derniers mots prononcés. Joliment contrefait, l’innocent et presque timide air de garçon bien élevé désireux de s’amender. Tout à fait raccord avec sa chemise blanche et son costume pas trop guindé, ni trop froissé. On n’aurait vraiment pas dit un déguisement, loin de là de même. Sa voix basse - à l’accent un poil aristocratique comme chez beaucoup d’anglais – s’était adoucie, tout comme le visage que Bowie offrait désormais à contempler. Les mains en coupe autour du verre vide, auquel ses doigts fins appliquaient un petit mouvement semi-circulaire de gauche à droite, le traducteur automatique s’était quand à lui emballé dans le fond de sa pensée. Et il n’y avait plus moyen de l’arrêter.

* S’il te plaît pas, c’est pareil. Promis, dans ce cas là j’en profiterai pour deux. Parce que je vais adorer te voir gambader d’un bout à l’autre du comptoir. Pas pour ton cul, non. Il est surement ravissant mais il y aura encore mieux. Ne boude pas, ça serait franchement ingrat. Moi qui me préoccupe de te maintenir en forme. Mais si je te le jure ! Ça te musclera les jambes de marcher et de t’activer. Qu’est-ce que je leur reproche ? Rien du tout, je ne les ai même pas regardées. C’est bien gentil de m’avoir rappelé de le faire. Au passage…*

Ah tiens. Le doux sourire qui ourlait sa bouche n’allait probablement pas tarder à s’évanouir, lui qui jusque là avait été alimenté par le monologue mental de qui l’affichait. Oui, Bowie avait conscience de se parler tout seul avec un enthousiasme et une récurrence frisant la crise maniaque de bipolaire. Mais systématiquement, s’en venait à la rescousse une interruption aussi rapide que détestable, damant ainsi le pion à l’hystérie intérieure avant qu’elle ne puisse réellement pointer le bout de son nez. Une fois n’est pas coutume, son monde intérieur s’apprêtait à subir l’assaut de la réalité. Merde quoi, c’était trop demander que l’extérieur se mette en mode film muet et se synchronise avec son doublage et sa bande son privée ? Elle ne pouvait pas juste miraculeusement se mettre à exécuter en silence le ballet chorégraphié par monsieur dans son petit théâtre intérieur ? Bien sûr que non, situation trop parfaite pour exister. Trop chiante aussi certainement, bien que monsieur ne l’aurait pas avoué. Un vœu sur deux lui fut exaucé malgré tout. Le morceau accompagnerait le déhanché des danseuses comme celui de la serveuse venait de changer. Serait à coup sûr en décalage total avec l’attitude de cette dernière… mais fallait pas trop en demander, n’est-ce pas. Ça, au moins, Bowie le savait depuis longtemps. La surprise ne viendrait pas de là.


Spoiler:
(Désolé mais je te laisse le trouver, le dit morceau J'ai cherché pendant une plombe sans succès... j'en ai un en réserve au pire, mais bon. Navré aussi pour les fautes et autre. Je corrigerai quand j'aurais moins la tête où tu devines. )
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